Suite à un accouchement et lorsque la femme choisi d’allaiter, différents changements se présentent chez elle. Ces modifications ont lieu tant au niveau physique, affectif, psychologique que sexuel. Chacun de ces plans s’inter influencent pour former un tout, qui permet de décrire et comprendre la femme nouvellement mère dans son environnement modifié.

Changements vécus au niveau physique

Suite à l’accouchement, la femme a de fortes chances de présenter certaines séquelles généralement temporaires, au niveau physique. Notons par exemple les résultats d’une césarienne, d’une déchirure du périnée ou d’une épisiotomie. Selon Brouillette & Courchesne (2001), ces éléments seraient directement reliés à une possibilité de dyspareunie chez la femme qui, à son tour, pourrait provoquer une baisse du désir et de l’excitation sexuelle par le vécu et/ou l’anticipation de la douleur. La césarienne n’étant pas reliée à une douleur vaginale lors de la pénétration, il est par contre possible que les suites de celle-ci amènent la femme à vivre un inconfort physique pendant quelques temps, ce qui peut rendre l’expérience de la relation sexuelle moins positive. Dans un même ordre d’idées, les crampes abdominales qui permettent à l’utérus de reprendre sa forme initiale (amplifiées lorsque le sein est donné), la difficulté à uriner et à aller aux selles et les pertes de sang, aussi appelées lochies (Fenwick, 1997), risquent d’interférer de façon négative sur la sexualité de la femme-mère. De son côté, l’allaitement engendre parfois des complications ou des blessures au niveau des mamelons (Nourri-Source, 1999), ce qui peut rendre le toucher des seins douloureux.

Changements hormonaux

En plus des répercussions au niveau physique, la femme qui vient d’accoucher et celle qui choisit d’allaiter est inévitablement confrontée à une certaine modification hormonale, ce qui n’est pas sans conséquence sur sa vie sexuelle. « Après la délivrance du placenta, le taux d’œstrogène et de progestérone chute brutalement et demeure faible jusqu’à ce que les ovaires reprennent leur sécrétion » (Simkins, Whalley & Keppler, 1994, page 264). Ces hormones jouant un rôle primordial au niveau de l’excitation sexuelle, de la lubrification plus particulièrement (Brouillette, 2001), les risques de douleurs et de déchirures au niveau du vagin deviennent considérables. Mis à part la diminution de la sécrétion de ces deux hormones suite à l’accouchement, il y a la présence de la prolactine et de l’ocytocine, sécrétées afin de permettre à la lactation d’avoir lieu (Tortora & Grabowski, 1999). Ceci a pour effet de retarder le retour des menstruations (Brouillette & Courchesne, 2001), de permettre à l’utérus de reprendre sa forme initiale plus rapidement et de diminuer les lochies (Tortora & Grabowski, 1999). Étant donné que l’ocytocine est garant de la venue de l’orgasme chez la femme, certaines femmes vivront une expérience orgasmique lors des séances d’allaitement (Roussy, 2000). Cette hormone est également responsable d’une sensation de bien-être physique (Brouillette 2001), ce qui risque d’influencer les liens entre le bébé, la mère et le (la) conjoint(e). Par exemple, la mère pourrait être tentée de donner toute son attention à l’enfant, délaissant le (la) conjoint(e) au niveau affectif, voire même sexuel, étant amplement satisfaite à ces niveaux grâce à son expérience d’allaitement.

Dépression postnatale

Ces perturbations hormonales, surtout lors des premiers jours après l’accouchement, ont un impact direct sur l’équilibre émotif de la femme. Ce phénomène de dépression postnatale, communément appelé « baby blues », entraîne la femme dans des sautes d’humeur, des crises de larmes, une irritabilité marquée et une fatigue extrême. Cet état dure généralement quelques jours seulement et est vécu par 50% à 80% des femmes qui accouchent (Nourri-Source, 1999). Vu cet état instable, il est possible que la sexualité soit mise temporairement de côté par le couple. D’autres facteurs, jumelés aux changements hormonaux, peuvent influencer la venue du « baby blues », tels que l’épuisement dû à l’accouchement, le manque d’expérience en tant que mère, l’insécurité vécue face à son nouveau rôle, la séparation symbolique d’avec l’enfant suite à l’accouchement et le manque de soutien ou la présence trop importante de l’entourage et du (de la) conjoint(e) (Nourri-Source, 1999).

Expression des sentiments et des émotions

Suite à l’accouchement, la femme ressent parfois un grand vide intérieur. « Ce gros ventre bouclier n’est plus là pour la protéger; qu’y a-t-il à la place? Un ventre flasque et mou » (Siksik, 1988, page 34). Elle doit faire le deuil de la grossesse maintenant terminée et accepter, malgré qu’il soit difficile de le faire, de voir son horaire désorganisé et dépendre de l’imprévisibilité de son enfant (Brabant, 1991). De plus, malgré que l’allaitement ait un effet bénéfique sur les impacts de la dépression postnatale (Bell & al., 2002), certaines femmes éprouvent des hauts et des bas affectifs démesurés, causés entre autre par la fatigue intense. Des sentiments diversifiés sont vécus face au bébé, de la fascination à la colère (Simkin, Whalley & Keppler, 1994). La nouvelle mère se préoccupe énormément de son enfant, une grande partie de sa tendresse et de son affection étant dirigée vers lui lors des premiers moments de vie (Gravel, 1996).

En ce qui a trait à la relation de couple, pour quelques personnes le lien mère-enfant sera exclusif, donc exclura le (la) conjoint(e). Pour d’autres, le fait d’allaiter leur bébé leur permet de vivre un sentiment d’unification et d’amour familial complet (Mahrbacher & Stock, 1994). Tout dépendant de comment la mère gère affectivement l’arrivée de bébé, la sexualité dans le couple va en être affectée. Le (la) conjoint(e) inclut dans le cercle affectif donne possiblement une chance à la vie sexuelle de suivre son cours.

Identité de femme

La femme doit également s’adapter à sa nouvelle identité : la femme n’est plus seulement une femme, elle est également une mère. C’est la naissance d’une mère (Brabant, 1993)! La naissance d’un enfant constitue un « brusque saut dans l’univers des parents » (Simkin, Whalley & Keppler, 1994, page 273). Certaines mères ont de la difficulté à s’adapter au rôle de mère, alors que d’autres s’investissent tellement dans ce rôle qu’elles en oublient d’être femme. Être mère est souvent synonyme d’inquiétude face à l’enfant : A-t-il assez mangé? A-t-il froid? Est-il malade?… (Siksik, 1988) Dans ces conditions, la femme peut se sentir tiraillée entre son rôle de mère et son rôle d’amante. Ses préoccupations étant centrées sur le bébé, la vie sexuelle du couple risque d’être temporairement modifiée.

Estime de soi et image corporelle

S’associent à ceci des inquiétudes au niveau de l’image corporelle. Certaines femmes s’inquiètent que leur corps ne reprenne pas sa forme initiale (Fenwick, 1997), d’autres se sentent moins désirables (Siksik, 1988) : beaucoup de poids prit durant la grossesse qui tarde à partir, les vergetures, les cicatrices (en cas de césarienne ou d’épisiotomie). Lorsque les inquiétudes prennent le dessus, certaines femmes voient leur estime d’elles-mêmes modifiée (Simkin, Whalley & Keppler, 1994). Le sentiment d’incompétence dû à un manque d’expérience par rapport à l’allaitement ou au rôle de parent peut aussi en être la cause. Il est souffrant, selon Brabant (1993), d’accepter le fait que personne n’est instinctivement mère, mais que c’est un rôle qui s’apprend. Par contre, il est dit que « l’allaitement peut donner un sentiment de confiance à la mère dans ses capacités de répondre aux besoins de son enfant » (Bell & al. 2002, page 12). Image corporelle, estime de soi et sexualité étant directement liés, la femme peut être confrontée à une difficulté à s’abandonner complètement dans sa vie sexuelle si l’image qu’elle projette d’elle-même est négative (Brouillette & Courchesne, 2001). Cet état d’être peut influencer au niveau du désir sexuel, la femme ne se sentant pas aussi séduisante ni attirante qu’avant. Chez d’autres femmes, la délivrance du poids de la grossesse et la satisfaction de produire du lait, peuvent se traduire par un désir sexuel accru (St-Cerny & Béliveau, 1997).

Communication, partage et intimité

Bébé arrivé, des changements sont apportés aux rapports entre les partenaires, ce qui peut créer des tensions ou, à l’inverse, un renforcement entre les partenaires (Simkin, Whalley & Keppler, 1994). Selon Bitzer & Alder (2000), le couple vit une réorganisation des rôles et des tâches. La perception qu’aura la mère de l’implication du (de la) conjoint(e) dans les corvées familiales est de prime importance sur l’état de leur relation. Des discussions sur l’éducation ont lieu, l’horaire est réorganiseé et accorde souvent moins de temps à l’intimité du couple (Gravel, 1996; Mahrbacher & Stock, 1994). Le couple a besoin de s’ajuster afin de pallier au déséquilibre éprouvé. Le (la) conjoint(e) a à s’adapter à son nouveau rôle (Simkin, Whalley & Keppler, 1994, page 273). Il (elle) doit également trouver sa place entre maman et bébé, et auprès d’eux. Il (elle) peut se sentir délaissé(e), voir même jaloux(se) face à la place accordée au bébé, autrefois la sienne (Gravel, 1996). Côté sexualité, il arrive fréquemment que le (la) conjoint(e) ait certaines difficultés à concilier seins nourriciers et seins sexuels, ce qui risque de diminuer le désir qu’il (elle) ressent face à sa conjointe (Bell & al., 2002, page 98). Évidemment, ce que vit et ressent le (la) conjoint(e) a un impact significatif chez la femme qui le (la) côtoie.

Désir d’enfant

Le désir (ou non) d’enfant peut également interférer au niveau de l’abandon sexuel (Brouillette & Courchesne, 2001). Suivant une grossesse, le couple doit faire un choix par rapport au désir d’avoir un autre bébé et quand l’avoir. Si le couple ne désire pas d’enfant dans l’immédiat, il devient nécessaire pour celui-ci de trouver un moyen contraceptif convenable et adapté pour lui. Pour certaines femmes (et certains hommes) chez qui on entend la phrase typique : « Si j’avais su! » (Brabant, 1993, page 313) suite à la naissance de leur enfant, le non-désir d’enfant peut devenir assez fort pour perturber la sexualité au sein du couple. À l’inverse, le désir trop grand d’être enceinte à nouveau peut venir modifier la réponse sexuelle. Dans ces deux situations, le stress est un élément perturbateur néfaste pour la sexualité (Brouillette & Courchesne, 2001). Par contre, la femme qui allaite suivant certaines conditions bien précises se voit temporairement infertile (Nourri-Source, 1999). Il est donc possible qu’elle vive moins de stress concernant ce sujet, si elle est bien renseignée. À moins qu’elle ne désire avoir un autre enfant rapidement, ce qui pourrait mettre la pertinence de l’allaitement en question.

Auteur : Marie-Hélène Garceau-Brodeur, Sexologue-Éducatrice en formation,